[…] En outre, l’enseignement de la lecture commence en même temps que celle de l’écriture. Quand on présente à l’enfant une lettre en en émettant le son, il en fixe l’image avec son sens visuel et, en même temps, avec son sens tactilo-musculaire ; il associe le son aux signes relatifs, c’est-à-dire qu’il prend connaissance du langage graphique. Quand il voit et qu’il reconnaît, il lit ; quand il touche, il écrit ; il initie ainsi sa conscience grâce à deux actions qui, par la suite, se sépareront et constitueront les deux processus différents de la lecture et de l’écriture.
La simultanéité de l’enseignement ou, plus exactement, la fusion des deux gestes initiaux, mettent donc l’enfant devant une nouvelle forme de langage, sans que soit déterminé lequel de ces deux gestes devra prévaloir.
Nous n’avons pas besoin de savoir si l’enfant, dans son développement ultérieur, apprendra d’abord à lire ou à écrire, laquelle de ces deux voies lui sera la plus facile ; c’est l’expérience qui nous le dira. Et cela permet par une étude de psychologie individuelle très intéressante de continuer pratiquement notre méthode, qui se fonde sur la libre expansion de la personnalité.
Mais il reste établi que si cet enseignement est appliqué à l’âge normal, c’est-à-dire avant cinq ans, le « petit enfant » écrira avant de lire, alors que l’enfant déjà trop développé (six ans*) lira avant, se livrant à un apprentissage difficile, avec ses mécanismes inhabiles. »
* Les expériences ultérieures de Mme Montessori l’ont ancrée dans la conviction que l’on devait avancer ces âges d’au moins un an.
Maria Montessori (Pédagogie scientifique tome 1)
Comme pour le reste du matériel, la préparation indirecte est importante et la répétition également dans l’apprentissage de l’écriture et de la lecture.
Un enfant investi dans ses activités, activement ou passivement (par l’observation), passera les étapes de son apprentissage plus facilement qu’un enfant qui n’est pas investi, et dont l’attention est portée sur d’autres aspects de son développement, comme l’autonomie, la confiance en soi, le lien social…
Les plans de développement établis par Maria Montessori restent flexibles, dans une certaine mesure. Chaque individu a un chemin qui lui est propre et qui peut diverger légèrement de celui de son voisin. Surtout, ces plans de développement ne sont pas des barrières infranchissables. Les acquisitions se font de manière fluide et aisée lorsqu’elles peuvent avoir lieu au cours des périodes adéquates. Elles sont plus ardues en dehors. Mais le temps reste notre allié et, même si certaines acquisitions se font plus tardivement, chacun y a accès selon son rythme.